Le terme BRICS est un acronyme désignant le Brésil (B), la Russie (R), l’Inde (I), la Chine (C) et l’Afrique du Sud (S). Ce groupe de pays se profile comme un sérieux prétendant à la transformation potentielle du paysage économique mondial. Dotés d’une abondance de ressources naturelles et de populations considérables avec un essor économique rapide, les BRICS représente un poids économique significatif. Ils contribuent à plus de 40 % de la population mondiale et plus de 20 % du PIB et du commerce mondial.
Leur influence va au-delà de la gouvernance économique, s’étendant à la géopolitique. La coordination entre les membres du BRICS couvre un éventail de questions, notamment les conflits régionaux, le terrorisme, et bien plus encore, remettant ainsi en question le leadership occidental sur plusieurs fronts.
Un facteur renforçant l’ascension des BRICS est la perspective de membres supplémentaires. Plus de 25 pays ont récemment exprimé leur intérêt pour rejoindre le bloc, dont des acteurs influents tels que l’Indonésie, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Mexique et le Nigeria. Ces entrants potentiels renforcent la puissance géopolitique des BRICS.
Le cœur du potentiel des BRICS à rivaliser avec l’hégémonie occidentale, en particulier celle des États-Unis, réside dans leur volonté de réduire leur dépendance au dollar américain. Cet effort n’est pas nouveau. En effet, des pays tels que le Brésil, la Chine et la Russie ont déjà cherché à dédollariser par le passé. Cependant, l’élan actuel au sein du groupe des BRICS présente une dynamique plus substantielle. À mesure que l’alliance s’agrandit, l’élan vers la dédollarisation gagne en ampleur. Cela pourrait ouvrir la voie à une utilisation accrue des monnaies nationales ou d’une monnaie unique dans le commerce, favorisant ainsi la prévisibilité, la réduction des coûts de transaction, la maîtrise des risques de change et une croissance économique relativement contrôlée.
Un chemin semé d’embuches
Bien que cette vision soit séduisante, sa mise en œuvre pratique nécessite une évaluation minutieuse. Les récentes déclarations d’intention de hauts responsables brésiliens et russes soulignent la nécessité politique. Cependant, des obstacles subsistent. La possibilité d’une monnaie commune au sein des BRICS implique des accords pour la dénomination des échanges. Bien que cela puisse potentiellement réduire la nécessité de stocker des réserves en dollars, la réalité implique des importations en provenance de pays extérieurs des BRICS qui préfèrent les paiements en dollars.
Surmonter ce défi pourrait nécessiter que les pays au sein des BRICS deviennent plus autonomes, en tirant parti de leurs économies diversifiées et de leur portée géographique pour se procurer des produits à l’échelle mondiale. De plus, l’influence régionale des BRICS pourrait inciter les nations périphériques à commercer dans la monnaie de l’alliance.
Cependant, remplacer le dollar en tant que monnaie de réserve exige des actifs sûrs. Pour cela, divers rapports ont récemment fait écho que les BRICS envisagent de soutenir leur (prospective) monnaie avec de l’or et autres terres rares, une mesure qui attirerait les investisseurs étrangers recherchant à la fois la réduction des risques et des actifs plus rentables.
Toutefois, le spectre des tensions géopolitiques, notamment entre la Chine et l’Inde, a été soulevé comme un obstacle potentiel aux efforts des BRICS pour trouver une alternative crédible au dollar. Cependant, les experts observent que les deux nations, dans leurs agissements, font la distinction entre les préoccupations de sécurité et les avantages de la dédollarisation.
Quoiqu’il en soit, l’émergence d’une alternative au dollar sous l’égide des BRICS ne signifierait pas nécessairement la domination de leur monnaie, mais plutôt l’avènement d’un paysage mondial bi- ou multipolaire.
Nouvelle donne pour les relations Afrique – Occident
En tant que bloc économique dynamique et diversifié, les BRICS ont le potentiel de remodeler les relations mondiales, y compris celles entre l’Afrique et les pays occidentaux. Cette évolution offre des opportunités et des défis significatifs qui méritent d’être examinés de plus près.
Dans le contexte des relations entre l’Afrique et les pays occidentaux, l’émergence des BRICS a le potentiel de modifier les dynamiques traditionnelles. Historiquement, les pays occidentaux ont joué un rôle prépondérant en Afrique en termes de commerce, d’investissement et d’aide au développement. Cependant, l’entrée en jeu des BRICS a introduit une alternative attrayante pour de nombreux pays africains. La Chine, en particulier, a renforcé sa présence en Afrique grâce à d’importants investissements, à des projets d’infrastructure et à des partenariats commerciaux avantageux. Cette concurrence économique entre les BRICS et les pays occidentaux peut potentiellement remodeler les choix des pays africains en matière de coopération internationale.
Les BRICS apportent également une approche différente en matière de coopération et de partenariat avec l’Afrique. Ils mettent l’accent sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays africains, ce qui contraste avec certaines approches occidentales. Les BRICS offrent des opportunités de coopération mutuellement bénéfiques en matière de commerce, d’investissement et de développement, basées sur le respect de la souveraineté nationale et la poursuite d’intérêts économiques communs. Les pays africains ont désormais plus d’options pour choisir leurs partenaires économiques et politiques.
Du côté des pays occidentaux, la concurrence des BRICS peut avoir des répercussions sur les relations économiques avec l’Afrique. Les entreprises occidentales se retrouvent en compétition avec celles des BRICS pour les opportunités d’investissement et les contrats commerciaux. Pour répondre à cette dynamique, certains pays occidentaux ont ajusté leurs approches pour offrir des avantages et des partenariats attractifs aux pays africains.
Des exemples de défis loin d’être anecdotiques
L’émergence des BRICS peut également engendrer des défis pour les relations entre l’Afrique et les pays occidentaux. Les investissements massifs des BRICS, notamment de la Chine, peuvent parfois susciter des préoccupations liées à la durabilité environnementale, aux droits de l’homme et à la dette. Les pays occidentaux, en tant que partenaires traditionnels de l’Afrique, peuvent exprimer des inquiétudes quant à l’influence croissante des BRICS dans la région.
L’attraction des BRICS repose en partie sur leur approche de coopération économique mutuellement bénéfique. La Chine, par exemple, a investi massivement dans des infrastructures en Afrique, contribuant à des projets tels que le chemin de fer Mombassa-Nairobi. Cela a stimulé la croissance économique, créé des emplois et renforcé les liens commerciaux entre la Chine et les pays africains. Ce modèle de partenariat axé sur l’infrastructure a attiré l’attention d’autres pays BRICS, offrant ainsi aux pays africains une variété de partenaires pour leurs besoins de développement.
A l’opposé, certaines opérations minières chinoises en Afrique ont été critiquées pour leur impact environnemental et leurs pratiques non durables. De même, des préoccupations ont été soulevées concernant les droits des travailleurs dans les entreprises chinoises opérant en Afrique, soulignant l’importance de garantir le respect des normes de travail internationales.
En ce qui concerne la dette, certains pays africains ont contracté des emprunts auprès de pays BRICS pour financer des projets d’infrastructure. Bien que ces investissements aient le potentiel de stimuler la croissance économique, ils ont également généré des inquiétudes quant à la soutenabilité de la dette. Un exemple frappant est celui de la Zambie, qui a connu des difficultés pour rembourser sa dette envers la Chine, mettant en évidence la nécessité de gérer judicieusement les emprunts pour éviter des problèmes économiques à long terme.






